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Jazz à Vienne : All Night Jazz

Vendredi, 13 Juillet, 2018

All night jazz, de 20h30 à 6h !

MORCHEEBA

Le trio originel formé en 1995 par les frères Godfrey (Paul et Ross) et la chanteuse Skye Edwards a produit son huitième et dernier album sous le nom de Morcheeba en 2013 (Head Up High). Aujourd’hui, Skye Edwards et Ross Godfrey démontrent en duo que Morcheeba, c’est encore et toujours eux. Les deux complices dévoilaient à l’été 2016 un album (le premier… Ou le neuvième !?) simplement intitulé Skye-Ross. Après la tempête lascive d’un premier opus (Who Can You Trust, en 1996) qui fit naître un genre, le trip folk, il y eu l’énorme succès de Big Calm et son opulence discrète. Depuis plus de vingt ans, établi à l’abri des projecteurs du côté de Douvres, Morcheeba / Skye-Ross produi(sen)t avec parcimonie un trip hop domestiqué, une soul élégante (la voix posée de Skye), une forme de blues affranchi que traversent les scratches du DJ et les guitares psychédéliques de Ross. Leur nouvel album qui sortira en mai s'annonce grandiose.

 

DHAFER YOUSSEF

Natif (en 1967) de Teboulba, un modeste village de pêcheurs tunisien, Dhafer Youssef est devenu un maître de l’oud, un compositeur créatif, innovant et sensible et, de plus en plus dans son oeuvre, un pur vocaliste. Issu d’une longue lignée de muezzins, son impressionnante maîtrise vocale est un héritage familial. Son grand-père décèle très tôt le potentiel de cette voix et initie le jeune Dhafer au récital coranique. Une vocation est née. Aujourd’hui installé à Paris, après le succès phénoménal de son album Birds Requiem, Dhafer Youssef revient avec ce Diwan Of Beauty And Odd (2016) qui mêle harmonieusement la beauté hypnotique du chant soufi aux textures du jazz le plus contemporain. Pour ce disque émouvant et brillant enregistré à New York, le musicien franco-tunisien est pour la première fois uniquement entouré de cadors américains. Onirique, le recueil poétique (diwan) de Dhafer Youssef oscille avec grâce entre l’étrange et le beau.

 

ELECTRO DELUXE

Tout juste sacré Groupe de l'année aux dernières Victoires du Jazz, Electro Deluxe fondé en 2001 est d’abord un groupe atypique qui mêle la soul, le funk et le jazz à quelques machines esclaves. Les membres du groupe s’inspirent alors d’artistes tels que Herbie Hancock, Buckshot LeFonque (le groupe de Brandford Marsalis) ou Meshell Ndegeocello. Electro Deluxe a enregistré cinq albums (Stardown, Hopeful, Play, le double Live In Paris et enfin Home) au fil desquels on remarque de nombreux invités : Philippe Sellam, Guillaume Poncelet, Flavio Boltro, Jean-François Baud, le regretté Didier Lockwood (brusquement disparu en février dernier), les voix de Cynthia Saint-Ville, IMO, Crystal et HKB FiNN, Ben l'Oncle Soul, 20syl ou Nina Attal. Désormais emmené (depuis 2010) par le chanteur James Copley, Electro Deluxe propose enfin Circle (2016), un sixième recueil 100% organique et soul funk.

 

SOFIANE SAIDI & MAZALDA

On croyait le raï définitivement retourné à ses origines communautaires, oublié du grand public et des aventuriers de la création musicale. Mais à Pigalle, Sofiane Saidi, un chanteur débarqué il y a longtemps de Sidi Bel Abbès, attend chaque soir que la nuit tombe pour rejoindre les étoiles (El Ndjoum). A gorge déployée, il leur chante l’amour, l’ivresse de  ses bonheurs ou l’abîme de ses frustrations et les étoiles lui sourient, comme les filles et les garçons, dont les yeux pétillent au son de sa voix grave, de ses mélismes aériens. Comme les cheikhs (vieux) ou les chebs (jeunes), il leur parle, sans détour en arabe dialectal, mais Sofiane craint aussi que le raï ait peu d’avenir, alors il essaye d’inventer autre chose. Lorsqu’il sent qu‘un partenaire possède du talent, de la profondeur, de belles convictions et que leurs intuitions communiquent, il n’hésite pas à partager l’aventure. C'est ainsi qu'il rencontre Mazalda, une talentueuse bande de musiciens affranchis des frontières et des styles. Mazalda se passionne pour le raï, celui de Rimitti, des premiers Khaled ou Mami, des productions inspirées et sulfureuses du producteur Rachid Baba Ahmed, second martyre du genre après Hasni. Ensemble ils se montent un répertoire, qui à force d’invention devient inédit, les reprises laissant la place à des créations. De répétition acharnée en concert extraordinaire, les morceaux se patinent, gagnent en efficacité ouvrent la route aux intuitions lumineuses. Au bout de trois ans vient le temps de l'enregistrement. Ainsi, le raï est bel et bien de retour avec l'album "El Ndjoum", entièrement rénové, désintoxiqué des scories inutiles et superficielles, dont il s’affublait depuis un moment.

 

MOON HOOCH

Forgé dans le métro new-yorkais où il a fini par être interdit, ce trio de Brooklyn composé de diplômés de la New School for Jazz and Contemporary Music invente ce qu’ils nomment la "cave music". Après leur concert de décembre dernier aux Trans Musicales, celui de Jazz à Vienne s'annonce abrasif et décoiffant ! Ces trois activistes de la neutralité carbone et du régime vegan catapultent un mélange enflammé de dubstep, de hip-hop, d’électro minimaliste et de jazz free. Tandis que les saxophones s'emportent, les percussions de James Muschler ancrent brutalement le tempo. Une musique à la fois sauvage et dansante. La formule deux saxes/batterie, déjà passablement atypique, prend une dimension sonore parfois dantesque avec l’irruption, outre le vrombissant baryton, la clarinette basse ou le ténor passé dans une trompe façon büchel (le cor des Alpes suisses, long de deux mètres !), d’un synthé basse que martyrise Wenzl McGowen et des vocaux de Mike Wilbur corrodés par un effet mégaphone.

 

GAUTHIER TOUX TRIO

Le plus suisse (il y joue souvent) des pianistes français, Gauthier Toux, originaire de Chartres, présentait au printemps son troisième album Whatever The Colours You See, produit par le RéZZo Focal Jazz à Vienne dont il a remporté le tremplin 2017 avec son trio. Habitué au format triangulaire avec ses complices Maxence Sibille à la contrebasse et Kenneth Dahl Knudsen à la batterie, le jeune pianiste et compositeur, par ailleurs lauréat du concours du Festival de Jazz de la Défense 2016, se produit également en sextet avec les invités qui colorent ce nouvel album : Erwan Valazza, (Zacharie Ksyk ou le saxophoniste Christophe Panzani). Mélangeant avec élégance les mélodies les plus sensibles et des paterns inspirées par les musiques actuelles, pop ou hip-hop, les formes savantes du jazz le plus contemporain aux phrasés les plus syncopés, Gauthier Toux se taille peu à peu le profil d’un futur grand du jazz européen.